Dans ce livre paru en 1945, Carlo Levi, médecin, peintre et intellectuel antifasciste, raconte son exil forcé dans un petit village de Lucanie – aujourd’hui appelée Basilicate – sous le régime autoritaire de Mussolini. Une oeuvre entre récit et journal faite de longues descriptions de paysages désolés et des habitudes de vie des gens de peu.
À la première lecture, on saisit l’aspect documentaire : la pauvreté et l’isolement d’une Italie coupée en deux, entre le Nord et le Sud de Rome. À la relecture, on perçoit la portée politique et morale plus universelle : la dénonciation de toutes les formes d’exclusion et d’abandon des peuples marginalisés.
Après une période de sidération et un voyage qu’il vit comme une punition, Carlo Levi entre progressivement en empathie avec les gens qui l’entourent. Des paysans pour la plupart, déconnectés de la réalité historique et politique du moment, mais des gens fiers et dignes, qui méritent une écoute attentive.
Ce livre fait écho au clivage persistant entre l’Italie du Nord, riche d’industries et de banques, et l’Italie du Sud, toujours agricole et délaissée. En 2025, sous Meloni, la fracture sociale, économique et culturelle persiste. Rien ou presque n’a changé en 80 ans, exception faite de la ville de Matera et ses habitats troglodytiques (les « sassi »), transformée en carte postale Airbnb. Pas certain que cela aurait plu à Levi.
